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Analyse et conjoncture économique de la Corse

Scénario économique 2014-2016 pour la Corse : ça va pas mieux


Les dernières statistiques publiées depuis quelques semaines vont dans le sens d'une Corse qui décroche. Le scénario pour les prochains trimestres doit être revu à la baisse.



Le pessimisme concernant l’économie corse est toujours de mise. L’exercice de « scénarisation » de la situation économique corse effectué en début d’année est globalement validé par les dernières statistiques : forte hausse du chômage, notamment de longue durée ; hausse du RSA ; ralentissement des flux de dépôts bancaires et des crédits ; pertes d’emplois ; problèmes dans la construction et la promotion immobilière ; pression sur les prix visibles sur les hébergements touristiques (notamment les locations saisonnières) ; annonces gouvernementales qui vont dans le sens d’un gel des retraites et d’une baisse des dotations publiques (qui touche par ricochet toutes les institutions et associations dépendantes des subventions versées par les collectivités locales).

Le cœur du scénario est le prolongement d’une situation de stagnation/récession pour l’économie corse dans un environnement européen qui reste très faible et d’un contexte national quasi-stagnant. On est dans une lente mais constante dégradation provoquée par un travail de sape sur les fondamentaux économiques.

Le schéma ci-dessus résume ces (mauvaises) perspectives. Par rapport à la version du début de l’année, seul l’environnement de taux d’intérêt est plus rose (ils vont rester bas encore très longtemps dans un contexte déflationniste). La situation sur le marché du travail est plus négative que précédemment (pertes d’emplois et non plus stagnation). Le gel des retraites va peser plus fortement. De même pour les dotations. Enfin, nous anticipons un recul des dépenses de R&D dans un contexte de restriction budgétaire et de transition d’une programmation européenne (2007-2013) à une autre (2014-2020). La situation au niveau de l’endettement, qui a fortement crû sur les 10 dernières années, commence aussi à inquiéter.

Une grande partie des éléments négatifs pointés est de nature structurelle et non conjoncturelle. Ils sont bien installés dans le paysage économique corse.

Les impacts locaux des politiques menées au plan national sont plus négatifs (austérité) que positifs (politique de compétitivité qui ne fait que freiner la dynamique négative sur les marges des entreprises). Une action au niveau régional est largement impossible dans le cadre budgétaire et réglementaire actuel. Certes on a le PEI mais il diminue progressivement, ce qui équivaut à une force récessive (moins d’investissement -> moins de PIB). Côté PADDUC, si la nouvelle stratégie d’aménagement est adoptée et mise en œuvre, l’impact positif ne sera visible qu’à moyen et long terme. Le statut du résident ne verra jamais le jour, ou alors après tellement d’année de discussion que d’ici là on aura peut être vécu une crise dans la construction tellement violente que plus grand monde n’en voudra.

Disons le clairement, les marges de manœuvres pour changer la donne à horizon 2 ou 3 ans n’existent pas. Les pouvoirs publics n’ont ni les moyens, ni les méthodes pour rapidement infléchir une situation qui est la résultante d’une succession de vagues de fond structurelles et de décennies d'impréparations.

En revanche, il est toujours possible de préparer l'avenir. Au-delà de 2016, un optimisme prudent est de mise :
- allègement de la pression en provenance de la fiscalité et des finances publiques ;
- besoin d’investissement dans les infrastructures urbaines et de base (eaux, déchets, énergie) ;
- besoins d’investissement de renouvellement dans les entreprises en lien notamment avec la reprise-transmission ;
- maintien d’un flux migratoire positif qui permettra d’éviter une baisse de la population active et forme un socle de croissance (même si ce socle est faible et ne permettra pas à lui seul d’augmenter le niveau de vie moyen) ;
- développement en Corse de petites unités industrielles et de services actives à l’export (même si l’on reste encore sur des niches) ;
- transition démographique qui va soulager la pression sur le marché du travail.

Quelques boosters supplémentaires sont encore manquants pour aider à notre mutation économique :
- Plan recherche et innovation ;
- Réforme fiscale de fond ;
- Réorientation drastique des fonds européens Feder sur le secteur privé*
- Fin des subventions pour les meublés de tourisme (y compris niche fiscale) et taxation des résidences secondaires (y compris celles des résidents et de la diaspora) ;
- Mise en place d’un CDI tourisme.

Mais bon, pas de panique, on a le temps, on verra ça après les élections. Rendez-vous début 2016.

* Oui c’est vrai, les projets manquent parfois. Dans ce cas, il faut aller les chercher, y compris hors de Corse.

Guillaume Guidoni
Jeudi 29 Mai 2014


Economie française

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