par Guillaume Guidoni
Corse-Economie
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Compléments sur les pistes de développement économique




En complément à l’émission Cuntrastu

Hier était diffusé sur France 3 Corse / Via Stella l’émission Cuntrastu, où la rédaction m’a convié à venir échanger sur les principaux thèmes économiques. La vidéo est disponible sur le site de France 3 Corse.

Je souhaite ici apporter quelques compléments sur la thématique des voies de développement, notamment du « comment », afin de préciser un peu le raisonnement ébauché.

Amorcer par la dépense publique un rééquilibrage en faveur d’activité à plus forte valeur ajoutée

Actuellement, on ne part pas de zéro. Il existe déjà un certain nombre de politiques publiques qui visent à favoriser la création et la croissance d’activités hors du triptyque construction-tourisme-distribution. La CTC a renforcé son action dans le développement d’activité innovante ou utilisant les nouvelles technologies (incubateur, MITIC). Il y a eu aussi une réflexion sur les outils humains et financiers à disposition des entreprises (Cors’Export, corsemploi, plateforme financement…). Les sites de la MITIC et de l’ADEC décrivent ces politiques, qui vont dans le bon sens.

En revanche, ces politiques restent en deçà des enjeux. En effet, les dépenses liées à l’innovation (dont une partie est en fait des dépenses de construction) ne sont programmées qu’à auteur de 30 M€ par an en moyenne sur les années 2007-2013. Ceci reste très en dessous de la masse nécessaire pour provoquer un réel changement économique.

De plus, rien de déterminant n’est prévu pour favoriser l’implantation ou le développement de centres de recherches publics ou privés. En faisant venir les ressources humaines (donc de payer les salaires et autres dépenses de fonctionnement), puis en favorisant l’essaimage en dehors de la recherche (outils financiers), l’idée est de rompre le cercle vicieux pas d’entreprises -> pas d’emplois -> pas de ressources humaines -> pas d’entreprises.

Or, comme précisé dans la vidéo, ceci demande un effort important et long. Mais, les finances publiques corses sont déjà fortement mobilisées. Il faudra donc utiliser à la fois les nouvelles ressources (réforme fiscale) et faire des choix. En clair, il y aura des perdants. C’est donc un consensus politique, au moins a minima, qu’il faut faire émerger.

Faire reposer les ressources publiques sur l’économie corse et non sur les dotations

Ensuite, il faudrait réaliser une réforme en profondeur du financement des grandes collectivités locales (région + départements) de l’île, visant à faire reposer les recettes locales sur les produits des taxes sur place, plutôt que sur les transferts.

Ceci présente l’intérêt de faire profiter aux collectivités des fruits de la croissance (recettes de TVA : +67 % entre 2000 et 2007 ; dotations CTC : +50 %), de faire diminuer la dépendance par rapport au bon vouloir de l’État – les dotations peuvent être gelées ou limitées – mais aussi d’inciter les collectivités à faire croître les recettes, donc les impliquer encore plus à générer de la croissance économique du secteur privé.

Par exemple, on pourrait substituer à une partie des dotations 50 % des recettes de l’impôt sur le revenu et de la TVA. Ceci représente environ 210 M€ en 2008. Bien évidemment l’impact sur le budget total est nul pour la première année, car les nouvelles recettes viennent compenser la baisse des dotations.

Cette réforme doit s’accompagner d’une réflexion sur la taxation de l’activité touristique. Une taxation à 100 € par an des résidences secondaires rapporterait 7 M€ par an. La hausse de 20 % de la taxe sur les transports, environ 7 M€ aussi. Enfin, les nuitées passées en location pourrait rapporter plus de 10 M€ si elles étaient taxées à 1 €/nuit ! L’idée est de taxer les flux plutôt que les entreprises et de transformer un tourisme « passif » en tourisme « catalyseur ».

Encore bien d’autres sujets à articuler

Encore une fois, il convient de rappeler que le problème est complexe et que ce n’est pas en 50 minutes d’entretien, ni en quelques lignes qu’une réponse cohérente sera formulée. On pourrait aussi parler de la sous-exploitation des marchés sardes et italiens, de l’innovation dans les activités traditionnelles, de la perte de parts de marché de l’hébergement touristique marchand

Lundi 26 Octobre 2009
Guillaume Guidoni