par Guillaume Guidoni
Corse-Economie
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Ajaccio/Bastia : un match inutile


Article publié au mois de septembre 2010 dans le magazine Corsica. Ou comment arriver après la bataille de la CCI régionale sur le site mais un an avant sur le magazine...



Ajaccio/Bastia : un match inutile
Il est courant en Corse d’opposer à l’agglomération de Bastia, capitale économique de l’île, à celle d’Ajaccio, la capitale administrative. A y regarder d’un peu plus près, on peut se demander si une telle dichotomie est une réalité.

Pour commencer, il s’agit de rappeler que les deux zones d’emploi sont archi-dominante dans l’économie de la Corse, regroupant à elle seules près des trois quarts de l’emploi total de l’île et une part écrasante des emplois de directions (cadre et assimilés). Toutes les principales activités économiques de l’île y sont regroupées, sauf bien évidemment pour l’agriculture et celles liées à la construction et au tourisme, très présentes en Balagne et du côté de Porto-Vecchio. La zone ajaccienne est légèrement plus grande, avec 40 % de l’emploi de l’île, contre 34 % pour Bastia.

Pour vérifier si le cloisonnement « capitale administrative au sud » et « capitale économique au nord » est valable, il convient de regarder de plus près la structure de l’emploi dans les deux zones. Dans l’administration « pure » (hors éducation et santé), les chiffres de 2006 donnent bien une part dans l’emploi plus importante sur la région ajaccienne. En effet, le poids est de 16,1 % du total contre… 15,6 % sur Bastia ! De surcroît, en incluant les autres secteurs non marchands (éducation, santé et action sociale), l’écart reste minime et au final l’emploi public pèse le même poids au nord comme au sud (31 % du total). Bref, l’emploi public ne domine pas plus sur Ajaccio que sur Bastia, il est important dans les deux zones, largement supérieur à la moyenne nationale (22 %).

Pour ce qui est du secteur privé, la structure de l’emploi est là encore très proche. Les écarts existent mais restent négligeables, inférieur à 1 point de %. Seuls les services de proximité ont un écart notable, avec un total de 10,8 % de l’emploi sur Ajaccio contre 9,3 % sur Bastia. Ceci s’explique par un différentiel en termes d’attractivité touristique. On notera l’importance des trois grands secteurs privés (distribution, BTP et services de proximité - tourisme) avec presque 30 % de l’emploi total. Enfin, chose pas forcément très connue, le secteur de la gestion (professions de la gestion d'entreprise, de la banque et de l'assurance) est important des deux côté du Col de Vizzavona, pesant pour près de 12 % de l’emploi total.

En revanche, il existe bien une différence dans le comportement des deux zones d’emploi durant la crise. Depuis 2008, la région ajaccienne souffre plus. Sur Ajaccio, le taux de chômage a augmenté de 2 point de % à 9 % début 2009, là où la hausse n’était que de 1,5 point a Bastia (à 9,2 %). Depuis la fin du premier trimestre, le nombre de chômeur continue de progresser plus vivement au sud qu’au nord. Sur le plan de l’emploi salarié, si l’on se réfère aux publications de l’Acoss, depuis mi-2009 l’emploi baisse recule sur Ajaccio tandis que sur la région bastiaise la variation reste positive (sur un rythme moins rapide toutefois). Ceci vient contredire le lieu commun qui voudrait que l’économie ajaccienne soit plus protégée que son homologue nordique grâce à son emploi public prédominant. Le comportement dans la crise a été inverse.

Il ne paraît donc pas justifié d’opposer les deux grands pôles d’emploi de l’île sous l’aspect de leur spécialisation économique. Le poids de l’administration est partout conséquent et l’écart est négligeable. De même, dans le secteur privé, il n’y a pas de différence marquée dans l’appareil productif. Pour se finir de se convaincre de la profonde similitude entre Ajaccio et Bastia, on peut aussi citer la facilité de la circulation automobile dans les deux villes…

Article publié au mois de septembre 2010 dans le magazine Corsica.

Mardi 13 Décembre 2011
Guillaume Guidoni