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Analyse et conjoncture économique de la Corse

Stabilité financière des entreprises : sous la surface, une situation critique ?


Les entreprises corses sont financièrement solides. Toutefois, ce n’est qu’une partie de l’histoire. Et le reste est moins reluisant.



Stabilité financière des entreprises : sous la surface, une situation critique ?
Les entreprises corses sont dans une situation financière saine. C’est un constat partagé par la Banque de France et les diverses institutions formant les dispositifs de financement des entreprises. C’est aussi une réalité.

Ainsi, pour les entreprises corses, y compris pour les petites que les analyses de la Banque de France ne couvrent pas, les différents scores financiers sont globalement bons. Ceci est la résultante d’un effort de reconstitution des fonds propres des années 2000 (facilité par le crédit d’impôt investissement), d’un recours modéré à l’endettement pour financer le développement et bien évidemment à une croissance forte et bénéficiaire sur la dernière décennie. Cette croissance ne s’est pas faite au détriment de la masse salariale, les emplois et les salaires naviguant de conserve.

Toutefois, la lecture des ratios financiers est une lecture statique, à l’instant T. En fait, il s’avère que les principaux équilibres comptables des entreprises se sont dégradés depuis 10 ans.

De l’analyse des comptes de près 2 700 entreprises couvrant les secteurs de l’industrie, de la construction, des commerces mais aussi des services aux entreprises et de l’hôtellerie/restauration, il ressort deux principaux constats :

1/ Le taux de marge des entreprises corses est globalement en baisse depuis 10 ans. Cette tendance sur la part de la valeur ajoutée restant à l’entreprise une fois retirés la rémunération des salariaux, les charges patronales et les impôts hors impôt sur le bénéfice (soit la part du capital) s’est accentuée depuis 2008.

Ainsi, sur la plupart des secteurs, les équilibres économiques se sont déformés en faveur du facteur travail (cf. graphique ci-dessus). Cette dérive est la résultante d’une hausse du coût du travail (pas mauvaise en soi) dans un contexte de gain insuffisant de productivité (c’est ça le vrai soucis). Si les salaires réels progressent plus vite que la productivité, mathématiquement le taux de marge s’érode. Les entreprises les plus touchées par la baisse de leur profitabilité sont les grands établissement hôteliers (+ de 20 salariés) et l’agroalimentaire. La construction et les services aux entreprises sont épargnés dans notre échantillon (c’est bien mais ce sont des secteurs dépendants de la bonne santé des autres).

2/ Le ratio d’autofinancement (capacité d’autofinancement/VA) est aussi en baisse partout. Ceci implique que les entreprises corses doivent faire de plus en plus appel au crédit bancaire pour financer leurs investissements.

Stabilité financière des entreprises : sous la surface, une situation critique ?
Les entreprises ont « encaissé » pendant un temps la dégradation des deux grands indicateurs financiers (rentabilité et capacité d’investissement). Jusqu’en 2012, les entreprises ont continué de créer de l’emploi et la progression des salaires est restée proche de +3 % dans le secteur privé (cf. graphique ci-contre). Les différents indicateurs disponibles (construction de locaux, achat de véhicules utilitaires, crédit équipement) plaident aussi pour des investissements solides du côté des entreprises.

Toutefois, depuis près d’un an, la situation s’est rapidement dégradée. La Corse a ainsi détruit de l’emploi privé fin 2012 et début 2013, une première depuis 20 ans. Les destructions d’emplois concernent d’ailleurs les secteurs les plus touchés par l’érosion des marges (IAA et hôtellerie/restauration). On a atteint en Corse le point de rupture où les marges sont trop basses pour éviter un ajustement sur l’emploi. Ceci est lourd de sens pour l’avenir car ça implique à la fois une sensibilité plus forte sur la main d’œuvre (plus de pertes d’emplois par rapport à la baisse de l’activité) et une pression sur les salaires afin qu’il freinent (mauvais pour le pouvoir d’achat des salariés, déjà sous pression par ailleurs).

De plus, même en tablant à court terme sur un crédit dynamique, la dégradation de la capacité d’autofinancement va poser problème dans un contexte économique difficile, les banques devenant plus prudentes (pour éviter les créances douteuses) et les entreprises aussi (pourquoi s’engager sur un crédit alors que la lisibilité du retour sur investissement est floue ?). D’ailleurs, les indicateurs d’investissement cités précédemment sont aussi en retournement.

Le crédit d’impôt compétitivité aura un effet favorable mais la mesure n’a pas l’ampleur nécessaire pour restaurer le taux de marge à elle seule. D’autant plus que des hausses de charges sont à venir (retraites entre autre) et que les impôts locaux vont sans doute progresser (baisse des dotations des collectivités locales).

Par conséquent, si le constat en termes de stabilité financière est effectivement positif, il ne raconte qu’une partie de l’histoire et pas la plus importante. Les tendances négatives des dernières années ne sont pas négligeables et participent à alimenter un climat de récession, au moins dans les secteurs les plus affectés.

Guillaume Guidoni
Mardi 25 Juin 2013


Economie française

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