par Guillaume Guidoni
Corse-Economie
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Corse, terre d'inégalité


Article publié au mois de février 2009 dans le magazine Corsica.



Corse, terre d'inégalité
Article publié au mois de février 2009 dans le magazine Corsica.

La société corse est très inégalitaire. C’est ce que vient de confirmer les résultats de la campagne 2007 de perception de l’impôt sur le revenu. Ces données, qui ne prennent en compte que les revenus imposables, révèlent les très fortes disparités existantes en Corse. Sur les 167 000 foyers fiscaux, les 10 % des plus aisés concentraient 33 % des revenus déclarés. Dans le même temps, la moitié des ménages déclarait gagner moins de 1 000 euros par mois, voire un tiers moins de 800 euros.

Pour donner une mesure de l’inégalité, on peut regarder l’écart de revenus entre les 10 % des ménages les moins riches et les 10 % les plus riches. En Corse, les plus pauvres disposaient de moins de 4 500 euros par an tandis que les plus riches avaient un revenu annuel supérieur à 31 800 euros. Les ménages les plus aisés avaient donc des revenus plus de 7,2 fois supérieurs à ceux des plus défavorisés. Ceci place la Corse à l’avant-dernier rang des régions, juste derrière l’Île-de France. Au niveau national, le ratio précédent est de 5,4. Les disparités s’expliquent en région parisienne principalement par la présence de très hauts revenus (présence des centres de décision des grands groupes nationaux, de la finance et de l’administration). À l’inverse, en Corse, ce sont les faibles revenus qui sont responsables de l’écart.

La taille de ces inégalités est une conséquence directe de la structure économique de l’île. D’une part, par rapport au nombre de personnes en âge de travailler, trop peu ont effectivement un emploi. Ainsi, selon Eurostat, le taux d’emploi est l’un des plus faible observé en Europe. Seule 53 % de la population corse âgée de 15 à 65 ans a un travail, quand l’objectif européen est d’arriver à 70 %, objectif déjà dépassé par les pays d’Europe du Nord. Par conséquent, la première inégalité se trouve dans cette part trop importante de la société corse sans emploi (chômeurs ou inactifs), ce qui touche principalement les moins de 25 ans, les femmes et les plus de 55 ans.

D’autre part, les salaires nets dans le secteur privé sont globalement plus faibles en Corse. Avec 1 700 euros par mois, le salaire mensuel moyen est inférieur de 400 euros au niveau national en 2007. Le salarié « moyen » dans le privé a donc touché sur l’année 4 800 euros de moins en Corse que celui du continent. Cet écart provient de l’importance dans l’économie des secteurs à faible rémunération et à faible qualification, comme le tourisme, le commerce, la construction et les services à la personne. Ceux-ci regroupent environ la moitié de l’emploi salarié privé. De plus, l’importance des contrats saisonniers et du temps partiel impactent plus particulièrement les salaires des moins qualifiés. En revanche, cet écart est absent dans le secteur public. Celui-ci concentre environ le tiers de l’emploi total et 44 % de la rémunération, ce qui permet de compenser en partie la faiblesse des revenus salariaux du secteur privé. Toutefois, cela génère aussi des inégalités entre salariés du privé et du public.

Il est important de noter que les inégalités de revenus sont très nettement atténuées par la redistribution. En rajoutant les prestations sociales (allocations familiales, aides au logement ou minima sociaux) aux salaires et aux retraites, les revenus des plus aisés ne sont plus que 4,4 fois supérieurs à ceux des plus pauvres, niveau désormais proche de la moyenne nationale (4,2).

Quelles conclusions tirer de ces données ? Premièrement, la situation de dépendance des ménages pauvres envers les aides rend le système de transferts de richesse d’une importance centrale pour la Corse. Ce système permet de limiter la casse en termes de pauvreté, qui malgré tout atteint des records en Corse, notamment chez les personnes âgées et les jeunes. Deuxièmement, l’écart de revenus était de 8,5 en 2000. La forte croissance de ses dernières années en Corse n’a donc que peu réduit les inégalités. Ceci est principalement lié au fait que la saisonnalité reste un phénomène majeur sur le marché du travail ainsi qu’à des créations d’emplois surtout concentrées dans les secteurs traditionnels.

Lundi 7 Novembre 2011
Guillaume Guidoni