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Analyse et conjoncture économique de la Corse

Le budget 2009 de la Collectivité Territoriale de Corse




Le document d’orientation budgétaire pour 2009, qui précède le budget, va être présenté jeudi 29 janvier. Le document en lui-même reste assez succinct, ce qui est conforme à ce qui était déjà observé les années précédentes.

En introduction, le document fait cette année la part belle à une présentation des indicateurs économiques. Il est réjouissant de voir la montée en qualité du document depuis 2006. Il me paraît important que la CTC se livre une fois par an à cet exercice difficile, qu’est de faire un point complet sur l’état économique de la Corse. Bien évidemment, l’objectivité et la froide analyse peuvent être incompatibles avec une présentation faite par le Conseil exécutif, forcément orientée politiquement. Mais, aucun système n’est jamais parfait.

Si le document gagne en qualité, il débute malheureusement sur une grosse bourde. Il y est écrit : « on constate que la croissance du PIB réel (corrigé de l’évolution des prix) a atteint en 2007 pour la Corse + 5,4 % contre + 4,0 % pour l’ensemble de la France confirmant la tendance déjà observée les années précédentes de « rattrapage » du niveau de la Corse par rapport aux autres régions. ».

Il est regrettable que le rédacteur ait – malgré la précision faite sur le PIB réel – confondu PIB réel (ou en volume en bon français) et PIB nominal (ou en valeur). En effet, +4 % en 2007 pour l’ensemble de la France, ce serait un résultat tellement positif qu’on en parlerait encore. En fait, la croissance corse (quand on parle de croissance, cela sous entend toujours croissance du PIB en volume) a été de 3,3 % en 2007, contre +2,1 % au niveau national.

Toujours en ce qui concerne l’introduction, je note la présence de données sur la commande publique pour 2008. Si j’ai bon souvenir, ces données, avec les dépenses de l’État et les recettes de TVA, ont été brièvement rendues publiques en 2004 et 2005 par le Trésor public. Mais leur publication s’est rapidement arrêtée et c’est très regrettable. C’est rageant de voir qu’on pourrait avoir plus de données sur l’économie, pour seulement 30 minutes par trimestre pour faire une publication Internet.

Sur le fond, ce document présente l’intérêt de voir résumé la plupart des politiques menées par la CTC dans les domaines du développement économique et de l’emploi, du développement durable, de la cohésion sociale et des infrastructures (pages 9 à 12). Très instructif. Malheureusement, si cette liste a le mérite d’exister, elle n’est accompagnée d’aucun chiffrage. Ainsi, difficile de dire quelle sont les mesures les plus importantes et de faire le tri entre les différents axes (exemple : les dépenses pour les politiques de l’emploi sont-elles supérieures à celles faites pour soutenir l’agriculture ? etc.).

Globalement le document donne des détails sur les recettes et quasiment aucuns sur les dépenses. On apprend juste que les dépenses doivent être « nécessairement » maîtrisées. Les dépenses de fonctionnement devraient donc se stabiliser au total. Toutefois, le document souligne que des réductions seront faites sur certains secteurs pour compenser les hausses de dépenses concernant :
- les frais financiers. La CTC s’est endettée de façon « exotique » auprès de DEXIA en recourant aux fameux prêts structurés. Notons d’ailleurs que cette banque porte toutes les casquettes possibles en Corse, à la fois conseil sur la façon de s’endetter, juge sur la capacité d’endettement et prêteuse. La CTC doit être pour elle un bon client. D’après la chambre régionale des comptes, la CTC a même un beau panel de produits, allant du taux indexé sur des devises étrangères aux taux indexés sur des mouvements dans la courbe de taux. Elle en paie aujourd’hui le prix en devant renégocier ;
- une progression toujours soutenue de la masse salariale, avec « la fin de l’intégration des agents TOS » ;
- enfin, la formation professionnelle.

Ainsi, les autres dépenses de fonctionnement seraient réduites de « 5 à 10 % selon les secteurs ». On annonce ainsi, des « restrictions comme la diminution des frais de structure de la Collectivité et de ses agences et offices ainsi que la diminution des aides aux tiers dans les différents secteurs de la Collectivité ».

Du côté investissement le volume serait de 250 M€ effectivement dépensés.

Côté recette on notera que le budget prévoit un recours à l’emprunt de 30 millions d’euros, portant ainsi la dette de la collectivité à près de 350 millions d’euros. Toutefois, en 2008 l’emprunt de 50 M€ a été finalement réduit à 29 M€.

Néanmoins, au-delà de ces observations, rien n’indique dans le document comment la CTC compte agir pour contenir en Corse les effets de la crise économique. Sur le plan européen, les dernières prévisions de la Commission sont plus que pessimistes. Les dernières données sont plus que mauvaises, la fin 2008 étant une véritable boucherie pour les chiffres de croissance et d’emploi au niveau mondial (plus de 2 millions d’emplois perdus sur le 4e trimestre de 2008 aux USA, arrêt du commerce extérieur en Asie, forte chute des exportations en Allemagne, effondrement des économies espagnoles et anglaises…). Le 1er semestre 2009 a peu de chance d’être plus positif. Penser que la Corse va traverser tout ceci sans problème, c’est avoir la mémoire courte. Rappelons les conséquences de la dernière récession européenne au début des années 90.

En fait, je ne vois dans tout le document que deux passages qui indiqueraient un semblant de prise en compte de la crise dans le budget. D’une part, le passage suivant : « bien que les indicateurs économiques locaux soient encore satisfaisants, leur progression est à suivre de près. On peut craindre en effet pour les mois à venir des difficultés pour certains secteurs de l’économie. Dans ce contexte, il est important que la Collectivité, en tant que principal donneur d’ordre dans la commande publique, maintienne ses investissements pour que les effets de la crise ne se fassent pas trop sentir ». D’autre part, concernant le tourisme : «
en période de crise, il est important de développer les actions de promotion de la destination corse. De plus, d’autres actions sont menées parallèlement pour permettre le développement de l’offre touristique tant en matière d’équipements que d’emplois ».

D’accord, mais concrètement, qu’est-il prévu ? Sur les 250 M€ d’investissement, quels sont les projets prévus ? Quel est l’échéancier pour la mise en œuvre des travaux ? Va-t-on soutenir la construction de logement (éventuellement sociaux) ? De même, quelles sont les actions de promotion touristiques envisagées ?

J’ai déjà développé dans le mensuel Corsica du mois de janvier que les enjeux des difficultés à venir ne sont pas assez intégrés. J’ai aussi parlé sur ce site de l’utilité de la politique budgétaire en temps de crise. Encore une fois, pour éviter une récession profonde il faut essayer d’avoir un coup d’avance sur la crise. En cela, le budget 2009 de la CTC paraît décevant (en tout cas il ne le fait pas apparaître clairement).

Toutefois, ce document sera suivi de la présentation du budget 2009 en février ou mars. Il serait donc souhaitable de corriger d’ici là les défauts du document et d’expliquer (et de chiffrer) clairement les mesures prises pour soutenir l’activité en Corse.

Guillaume Guidoni
Lundi 26 Janvier 2009


1.Posté par fideli le 27/01/2009 17:33
Eh oui, c'est sûr , le document d'orientation budgétaire est creux et ... on se dit que ce sera meilleur la prochaine fois c a d au moment de la présentation budgétaire 2009 ... à moins que cela se fasse à l'occasion d'une modification du PADDUC qui proposerait des orientations politiques fortes claires et pertinentes...
ou plus tard...
merci pour la qualité des analyses , cela contribue à faire avancer les choses . Ce n'est pas comme mon inaction actuelle.

2.Posté par musantu le 27/01/2009 18:09
Je trouve votre travail remarquable. J'espère que les décideurs tiendrons compte de vos remarques.
En Corse aujourd'hui il faut rendre possible ce qui est souhaitable et non rendre souhaitable ce qui est possible.
sentimenti corsi e fraterni.



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